Investir dans le chaos climatique : la Suisse, championne du monde du financement fossile

 

BreakFree Suisse publie son enquête sur les investissements fossiles suisses, basée sur la base de données Investing in Climate Chaos 2026 d’Urgewald et Profundo.

Les chiffres clés

126,9 milliards USD

détenus ou gérés par des institutions financières suisses dans le charbon, le pétrole et le gaz

8e rang mondial

soit ~2 % des placements fossiles mondiaux, pour un pays qui compte 0,1 % de la population mondiale, devant la Chine et l’Allemagne

1er au monde par habitant

14 000 USD par personne, devant les États-Unis (12 000), le Canada (9 400) et l’Arabie saoudite (7 900)

94 %

des avoirs fossiles suisses (119,8 mrd) sont placés dans des entreprises qui développent encore de nouvelles réserves et infrastructures

57 %

du total suisse est détenu ou géré par UBS seule, soit 71,7 milliards USD

9,3 milliards USD

d’actions fossiles détenues par la BNS: de l’argent véritablement public

~1 200 milliards CHF

gérés par les caisses de pension suisses, sans obligation légale de publier leurs placements

Un petit pays à l’empreinte démesurée

L’impact climatique de la Suisse dépasse largement ce qu’elle émet sur son sol. À ses émissions domestiques et grises s’ajoutent celles de l’industrie fossile qu’elle contribue à financer dans le monde entier. Un rapport McKinsey de 2022, basé sur des données officielles, estimait les prêts et prises de participation suisses dans les secteurs à forte intensité carbone à 700-900 millions de tonnes de CO₂e par an, soit 14 à 18 fois les émissions annuelles du pays.

Financer l’expansion, pas la transition

La distinction est centrale : une entreprise fossile peut entretenir sa production existante, ou en construire de nouvelle. 94 % des avoirs suisses vont à des entreprises de la seconde catégorie. Ce n’est pas un pari sur le déclin du secteur, c’est un pari sur sa croissance: alors que l’Agence internationale de l’énergie conditionne la neutralité carbone en 2050 à l’absence de tout nouvel investissement fossile depuis 2021.

L’horizon de ces placements le dit clairement : 1,2 milliard USD d’obligations fossiles suisses arrivent à échéance en 2051 ou après, soit après la date butoir que la Suisse s’est elle-même fixée. UBS en détient à elle seule 467 millions, devant la Banque cantonale de Zurich (171 millions) et Vontobel (121 millions).

UBS, passage obligé

Avec 71,7 milliards USD, UBS est le 14e investisseur fossile mondial et le 2e européen. Aucune autre institution suisse ne s’en approche : Pictet suit avec 15,2 milliards, la BNS avec 9,3 milliards. La banque s’est engagée à la neutralité carbone en 2050, tout en abandonnant son objectif d’aligner 20 % de son portefeuille de gestion d’actifs sur ses engagements climatiques. Après le rachat de Credit Suisse, elle a également abandonné l’exclusion du pétrole amazonien qu’avait adoptée cette dernière.

Il n’existe pas de trajectoire climatique crédible pour la place financière suisse qui ne passe pas par UBS.

C’est aussi notre argent

Une part importante de ce capital transite par des institutions à mandat public : banques cantonales, assureurs publics, caisses de pension. Les données identifient 16 milliards de dollars du côté public contre 111 du côté privé, mais ce chiffre est un plancher, car les caisses de pension et assurances sociales sont invisibles dans les données : elles délèguent leurs portefeuilles à des gestionnaires externes, chez qui leurs titres sont enregistrés.

Faute de transparence, il faut passer par le Klima-Rating de l’Alliance Climatique. Le verdict est sévère : compenswiss (AVS, 41 milliards CHF) et la Suva (63 milliards CHF) sont toutes deux classées rouge, c’est-à-dire non compatibles avec une trajectoire 1,5°C. PUBLICA et la BVK montrent pourtant qu’une autre voie est possible.

Des contre-exemples existent. La Caisse de prévoyance de l’État de Genève (22,7 milliards CHF) a exclu l’ensemble du secteur énergétique fin 2025, aucune entreprise n’ayant satisfait à son seuil d’alignement de température, et affirme que cela n’a pas pesé sur ses rendements. À l’inverse, la caisse de la Ville de Zurich place plus de 40 millions CHF dans les cinq plus grands opérateurs de fracturation hydraulique au monde, soit environ 1 000 CHF par assuré·e.

Une loi votée, mais pas appliquée

Depuis le 1er janvier 2025, la Loi sur le climat et l’innovation fait de l’orientation des flux financiers l’un de ses trois buts fondamentaux (art. 1 let. c), au même titre que la réduction des émissions et l’adaptation. Mais les règles contraignantes existantes: reporting climatique obligatoire depuis 2024, exigences prudentielles de la FINMA depuis 2026, obligent seulement à publier et à gérer les risques, jamais à réduire les placements fossiles. L’orientation des flux elle-même repose encore sur des instruments volontaires.

Pire : personne ne vérifie. La FINMA ne supervise pas les caisses de pension, qui relèvent de la CHS PP et des autorités régionales. Interrogées, celles-ci répondent qu’elles n’ont pas examiné les risques climatiques faute de base légale explicite dans la LPP. Un avis de droit mandaté par l’OFEV en 2019 conclut pourtant que ces risques relèvent déjà du devoir fiduciaire en droit actuel.

Ce que nous demandons

Aux institutions financières : publier le détail de leurs expositions, exclure les entreprises qui développent de nouvelles capacités fossiles, adopter un plan de sortie avec un calendrier et un objectif net zéro en 2040 au plus tard, et voter en assemblée générale contre les décisions qui soutiennent l’expansion.

Aux responsables politiques : une application effective de l’art. 1 let. c LCI, et l’usage de leur influence sur les institutions publiques.

À vous : écrire à votre caisse de pension, à votre banque cantonale, à la BNS et à leurs autorités de surveillance. Notre site met à disposition un outil qui génère ces courriers.

👉 Les chiffres et l’outil pour agir ci-dessous
👉 Le rapport complet (PDF) ci-dessous

Demain, dans la rue

Ces demandes, nous les porterons samedi 19 septembre à 14h, au Parc des Cropettes à Genève et à la Place de la Riponne à Lausanne, avec la coalition « Pas d’étés à 50°C ! » et plus de 100 organisations. Pour que la loi climat de 2023 s’applique enfin: à commencer par la place financière.

50degres.ch

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