A gas power plant in Africa – Photo credit: Africa energy portal

Comment la Suisse évince-t-elle les énergies renouvelables en Afrique?

La SERV n’a pas répondu à notre lettre ouverte, et a malgré cela donné l’accord pour assurer une centrale à gaz au Sénégal, à Saint-Louis, proche d’une région déjà bien affectée par l’expansion des centrales à gaz notamment par BP, qui provoque les inquiétudes de la communauté de pêcheurs locaux, voyant leur écosystème s’appauvrir et avec leurs revenus. 

Lire notre lettre ouverte!

La dernière centrale à gaz assurée par SERV : une menace pour le climat et le développement économique du Sénégal

Par Peter Bosshard, Swiss Climate Rambles, 10 mars 2026:

https://open.substack.com/pub/swissclimaterambles/p/how-switzerland-is-crowding-out-renewable

L’organisme suisse d’assurance contre les risques à l’exportation (SERV) est prêt à garantir une centrale à gaz de 250 MW au Sénégal. Ce projet sera développé par Aksa Energy, une entreprise privée turque impliquée en 2020 dans un scandale de corruption lié à un projet gazier au Ghana, et utilisera des turbines fournies par GE. Il s’agit de l’une des dix centrales à gaz assurées par SERV depuis que la Suisse s’est engagée à ne plus soutenir de tels projets dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique propre, et du deuxième projet de ce type en Afrique de l’Ouest en quelques mois. 

Selon son étude d’impact environnemental et social (EIES), la nouvelle centrale électrique du Sénégal émettra 700 000 tonnes d’équivalent CO2 par an pendant sa durée de vie de 30 ans, soit l’équivalent des émissions de 150 000 voitures à essence. Or, ce projet est non seulement néfaste pour le climat, mais il est également plus coûteux et plus long à construire que les alternatives solaires.

La centrale d’Aksa a déjà subi d’importants retards. Le promoteur avait annoncé le début des travaux en janvier 2024 et prévoyait une mise en service en 2026. Cependant, SERV indique que les derniers préparatifs et la construction prendront encore au moins trois ans. À titre de comparaison, Solar World a remporté en décembre 2025 le contrat pour une centrale solaire de 250 MW en Inde, soit la même capacité que la centrale sénégalaise ; ce projet devrait être achevé mi-2027.

Nous ignorons le prix négocié par Aksa avec la compagnie d’électricité sénégalaise pour la vente de l’électricité produite par sa centrale. Pourtant, un rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) a révélé qu’en 2024, 91 % des nouveaux projets d’énergies renouvelables à grande échelle étaient moins chers que les alternatives à base d’énergies fossiles les moins coûteuses. L’énergie solaire, en particulier, était en moyenne 41 % moins chère que l’énergie fossile la moins chère.

L’étude d’impact environnemental et social (EIES) du projet Aksa soutient que, l’énergie solaire étant intermittente (elle ne peut être produite que le jour), elle doit être complétée par des sources d’énergie conventionnelles. Or, cet argument ignore que l’énergie solaire peut être stockée dans des batteries et que le Sénégal développe déjà ce type de stockage pour un parc éolien et une centrale solaire. Sur la durée de vie d’un projet, le coût moyen de l’énergie solaire avec stockage par batteries est de 25 dollars par MWh, contre 38 dollars pour l’électricité produite à partir d’une centrale à gaz.

« Un rôle plus important pour les énergies renouvelables offrirait une voie moins risquée pour atteindre les objectifs énergétiques du Sénégal et présenterait des avantages supplémentaires », concluait un rapport de l’USAID en 2024. « Les énergies renouvelables peuvent constituer une source d’énergie moins coûteuse que le gaz dès maintenant, notamment si les partenaires au développement contribuent à réduire le coût du capital. » 

Parallèlement, les consommateurs privilégient l’énergie solaire. Du Pakistan à l’Allemagne, de l’Afrique du Sud au Sénégal, des millions de foyers et d’entreprises achètent des panneaux solaires chinois bon marché pour s’affranchir de la dépendance à l’électricité du réseau, coûteuse et souvent peu fiable.

Au cours des douze mois précédant juin 2025, les consommateurs sénégalais ont acquis des panneaux solaires chinois d’une capacité totale de 519 MW, soit le double de la capacité de la centrale à gaz d’Aksa. Même s’ils ne produisent pas d’électricité en continu, ces panneaux solaires, importés en une seule année, sont capables de fournir 8 % de la production électrique du Sénégal.

Alors que le coût du gaz reste relativement stable, celui de l’énergie solaire continue de baisser rapidement. Que ce soit au niveau des ménages ou des centrales électriques, la production d’énergie solaire au Sénégal est appelée à se développer. Pourtant, le projet de centrale d’Aksa contraindra le pays à acheter du gaz à un prix élevé pendant 30 ans. Au Pakistan, la même situation plonge le service public d’électricité dans une spirale infernale, car de moins en moins de consommateurs sont prêts à acheter de l’électricité coûteuse sur le réseau alors que les panneaux solaires et le stockage par batteries sont devenus omniprésents et bon marché.

Le gouvernement sénégalais craint peut-être de ne pas disposer de l’expertise suffisante pour intégrer la capacité solaire et le stockage par batteries, en pleine expansion, au réseau électrique et de devoir les compléter par du gaz (comme le suggère l’étude d’impact environnemental et social). Dans ce cas, il pourrait mettre en service des centrales électriques à turbines à gaz à cycle ouvert, économiques et flexibles, capables de produire de l’électricité de pointe lorsque le soleil ne brille pas. Or, la centrale d’Aksa utilise des turbines à gaz à cycle combiné, plus efficaces mais produisant une énergie de base et peu compatibles avec les énergies renouvelables.

« Si le gouvernement parvient à mettre en œuvre un vaste plan de production d’électricité à partir du gaz », avertissait le rapport de l’USAID de 2024, « il pourrait enfermer le Sénégal dans une dépendance au gaz pour longtemps, alors que les alternatives seraient incontestablement moins chères et plus sûres. » C’est malheureusement la stratégie que semble privilégier le gouvernement suisse.

Plus d’informations

https://www.bbc.com/news/articles/cly9gg3vervo

https://www.spiegel.de/international/world/natural-gas-from-senegal-european-casts-covetous-eyes-toward-west-africa-a-ab4d2d30-69fd-4b1b-b69c-a1ac1457c35b

OTHER BLOGPOSTS

Les investisseurs suisses dans le système ICE

Les investisseurs suisses dans le système ICE

5 et 14 février 2026 /01.04.2026 Nous publions, sous licence creative commons, la seconde version de notre Note de Recherche rassemblant de façon inédite les données d’investissement de dix acteurs financiers suisses de premier plan dans quatre firmes états-uniennes...

lire plus